Sports.gouv.fr

Cérémonie d’ouverture du 3e forum « Peace & Sport » , Monaco | 25/11/09 |

2 décembre 2009

Votre Altesse,

Monsieur le Président de la République de Slovénie,

Mesdames et Messieurs les repré­sen­tants des Gouvernements et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les,

Mesdames et Messieurs les pré­si­dents et repré­sen­tants des fédé­ra­tions inter­na­tio­na­les et comi­tés olym­pi­ques, ath­lè­tes et par­ti­ci­pants au forum,

Monsieur le Président, cher Joël Bouzou,

Lorsque le Président de la République, Nicolas Sarkozy, m’a confié la res­pon­sa­bi­lité minis­té­rielle du sport au sein du Gouvernement fran­çais, quel­ques com­men­ta­teurs mal avi­sés et férus de polé­mi­ques ont « iro­nisé » : cette nomi­na­tion était une « puni­tion » poli­ti­que, une régres­sion, un renon­ce­ment.

Ils n’avaient rien com­pris. Quel médio­cre contre­sens ! Quel mépris des pas­sions de mil­liards d’hom­mes et de fem­mes ! Car, au delà des for­mi­da­bles enjeux que repré­sente la conduite de la poli­ti­que spor­tive d’un pays comme la France, ces beaux esprits igno­rent que le le sport est l’un des meilleurs outils de pro­mo­tion des droits de l’Homme dans le monde. Comment ne pas voir en effet l’évidente conti­nuité qu’il y a entre deux ans consa­crés aux droits de l’Homme au minis­tère des Affaires étrangères, et aujourd’hui cette nou­velle aven­ture du sport que je vis pas­sion­né­ment depuis cinq mois désor­mais. On cons­truit les droits de l’Homme, la paix, par le sport. Vous le savez tous, c’est pour cela que nous som­mes réu­nis. C’est un fait. Sachons le faire fruc­ti­fier.

Sans pré­ju­ger de vos débats à venir, je vou­drai pro­fi­ter de la tri­bune qui m’a été pro­po­sée pour appor­ter ma réponse à l’une des ques­tions que vous allez débat­tre : « Comment les grands évènements spor­tifs peu­vent-ils contri­buer à la Paix Durable ? A quel­les condi­tions ? ». A l’aube du Mondial 2010, événement spor­tif inter­na­tio­nal majeur qui se déroule pour la pre­mière fois en Afrique, et en Afrique du Sud – cette Afrique du Sud ou l’apar­theid sépa­rait les noirs des blancs au sein des équipes spor­ti­ves - cette ques­tion prend toute sa dimen­sion. Elle met en évidence à quel point il reste pos­si­ble de pro­gres­ser dans l’uti­li­sa­tion du sport pour défen­dre les droits de l’Homme. Elle nous oblige à trou­ver des répon­ses qui dépas­sent le cadre feu­tré de nos réu­nions et soient réel­le­ment per­çues par les popu­la­tions. Quel défi ! Comment le rele­ver ?

Premièrement, j’ai envie de dire en ne nous limi­tant pas aux seuls « grands événements spor­tifs ». Si ceux-ci sont, de toute évidence, un puis­sant cata­ly­seur d’énergies, ma convic­tion c’est que c’est cha­que événement spor­tif, quelle que soit sa dimen­sion, doit contri­buer à la paix et aux droits de l’Homme. Le ras­sem­ble­ment d’hom­mes et de fem­mes dans une enceinte spor­tive doit trou­ver son pro­lon­ge­ment dans la société. Cette fer­veur, cet enthou­siasme ne doit pas s’arrê­ter aux por­tes du stade. Nous devons savoir faire vivre les cau­ses invi­si­bles, cel­les qui n’atti­rent pas la lumière, qui sont igno­rées des pro­jec­teurs de l’actua­lité.

Au-delà des grands ras­sem­ble­ments, la vie spor­tive est ryth­mée par une quan­tité incroya­ble d’événements d’enver­gure locale, régio­nale, natio­nale voire inter­na­tio­nale qui ras­sem­blent dans un même élan spor­tifs et public. Il faut savoir s’adres­ser à eux et je crois que c’est notre res­pon­sa­bi­lité à tous de nous fixer cet objec­tif, Etats, fédé­ra­tions spor­ti­ves, orga­ni­sa­tions natio­na­les ou inter­na­tio­na­les de soli­da­rité. Pour cha­que événement qui por­tera le mes­sage des droits de l’Homme, le mes­sage de la paix, une vie peut être sau­vée, une situa­tion dra­ma­ti­que redres­sée, un tort réparé, une détresse soi­gnée. Ne fai­sons pas cette économie. Sachons inven­ter les outils néces­sai­res pour met­tre en avant cette phi­lo­so­phie à l’occa­sion de tous les événements spor­tifs. Voilà un chan­tier que je vous pro­pose d’ouvrir.

Pour moi, c’est la res­pon­sa­bi­lité des Gouvernements d’être en ini­tia­tive et de pro­mou­voir les outils néces­sai­res. Nous som­mes encore très en deçà du poten­tiel du sport en matière de pro­mo­tion active et concrète des droits de l’Homme et de la paix. Nous pou­vons aller plus loin. Le rêve concret que je vous pro­pose de par­ta­ger, c’est que cha­que événement spor­tif soit l’occa­sion de don­ner vie à une ini­tia­tive en faveur des droits de l’Homme. Le ter­rain est vaste, com­bien d’ini­tia­ti­ves exis­tent déjà et se bat­tent jour après jour pour leur sur­vie ? Combien de bon­nes volon­tés, de fem­mes et d’hom­mes, ont besoin de l’appui que pour­rait leur confé­rer un enga­ge­ment plus mas­sif du sport en leur faveur ?

Le second chan­tier sur lequel je vous pro­pose de tra­vailler, c’est celui des finan­ce­ments inno­vants. Apparus en 2002, ces méca­nis­mes qui génè­rent des res­sour­ces addi­tion­nel­les à l’Aide Publique au Développement tra­di­tion­nelle sont aujourd’hui en plein essor. La France a jouer un rôle essen­tiel à leur déve­lop­pe­ment. Songez au for­mi­da­ble suc­cès d’UNITAID. Quelle contri­bu­tion intel­lec­tuelle et concrète apporte le sport à la dyna­mi­que des finan­ce­ments inno­vants ? Voilà la pre­mière ques­tion que je crois que nous devons nous poser. Pourquoi de gran­des ins­ti­tu­tions spor­ti­ves ne pour­raient-elles pas envi­sa­ger d’inté­grer le groupe pilote sur les finan­ce­ments inno­vants pour le déve­lop­pe­ment ?

Des ini­tia­ti­ves exis­tent déjà de la part du monde spor­tif. Je pense évidemment à toute l’action déve­lop­pée par le Comité International Olympique ou encore la FIFA pour ne citer qu’eux, et aux moda­li­tés ori­gi­na­les de finan­ce­ment qu’ont su met­tre en place ces orga­ni­sa­tions pour appuyer le déve­lop­pe­ment et la paix dans le monde. Ces actions, et tou­tes cel­les que je n’ai pas citées, sont des exem­ples réus­sis de finan­ce­ments inno­vants. Or, tout exem­ple a voca­tion à être géné­ra­lisé lorsqu’il fait la preuve de son uti­lité. Je crois que ce sera tout l’hon­neur du sport que de faire la preuve qu’il peut s’asso­cier à ces gran­des mobi­li­sa­tions mon­dia­les, et ce sera tout l’hon­neur de ces mobi­li­sa­tions de savoir ne pas l’igno­rer. Comment faire l’impasse sur une acti­vité qui ras­sem­ble aussi spon­ta­né­ment des mil­lions de per­son­nes autour d’une pas­sion com­mune ?

Le troi­sième chan­tier que je vou­drai évoquer avec vous, c’est celui du carac­tère dura­ble des actions enga­gées en faveur des droits de l’Homme et de la paix et de leur coor­di­na­tion. Nous som­mes ici sur le ter­rain, auprès des béné­fi­ciai­res de tous ces pro­jets lan­cés ou appuyés au nom de nos valeurs, de notre phi­lo­so­phie.

Nous devons savoir nous défier de la ten­ta­tion de la solu­tion mira­cle, de l’idée iso­lée. La prio­rité abso­lue c’est l’appui aux orga­ni­sa­tions qui agis­sent loca­le­ment, qui sont ani­mées par les res­sor­tis­sants du pays où elles agis­sent, que l’on parle des auto­ri­tés loca­les ou de la société civile. Le plus beau des pro­jets n’a aucun sens s’il se déve­loppe sans eux. Les par­te­na­riats de déve­lop­pe­ment sont essen­tiels, mais au ser­vice et en appui des acteurs locaux.

Nous devons aussi savoir nous défier de la dis­per­sion des moyens. Nous n’agis­sons pas pour nous valo­ri­ser, nous agis­sons pour contri­buer à la hau­teur de nos pos­si­bi­li­tés à la cons­truc­tion d’un objec­tif com­mun. C’est pour­quoi je suis abso­lu­ment convain­cue de la néces­sité de met­tre en com­mun tou­tes les res­sour­ces exis­tan­tes à l’heure de lan­cer de nou­vel­les actions. C’est une exi­gence d’éthique comme d’effi­ca­cité.

Ces orien­ta­tions que j’évoque et que je pro­pose à votre réflexion, nous nous les appli­quons à nous-mêmes. Elles sont au cœur du pro­jet de « fonds spor­tif pour la pro­tec­tion inter­na­tio­nale de l’enfance » que je viens de lan­cer en octo­bre der­nier. En matière de droits de l’Homme, il faut sou­vent choi­sir un angle pour com­men­cer d’agir. Celui que j’ai retenu, ce sont les enfants, car com­bien d’entre eux sont vic­ti­mes de traite au nom du sport, et com­bien d’entre eux ont besoin du sport pour se cons­truire ! L’escla­vage spor­tif est une réa­lité, hélas.

Ce fonds aura voca­tion à agir dans ces deux direc­tions : aider ceux qui se lais­sent ber­ner par les faus­ses pro­mes­ses d’inter­mé­diai­res sans scru­pu­les, aider ceux qui pour­raient, grâce au sport, accé­der à une phi­lo­so­phie de vie cons­truite sur l’idée de paix.

Le dépar­te­ment minis­té­riel dont j’ai la charge y contri­buera à hau­teur de 2 mil­lions d’euros annuels, et ce mon­tant ser­vira à mobi­li­ser un mon­tant au moins équivalent de finan­ce­ments pri­vés, qu’ils soient issus de la phi­lan­thro­pie ou qu’ils résul­tent d’un méca­nisme inno­vant que nous aurons inventé avec tous ceux qui par­ti­ci­pent à la créa­tion de cet outil : mou­ve­ment spor­tif fran­çais, ONGs, orga­ni­sa­tions spé­cia­li­sées dans la pro­tec­tion de l’enfance.

Ces finan­ce­ments seront consa­crés au ren­for­ce­ment de tou­tes les struc­tu­res loca­les qui ont la com­pé­tence pour appor­ter une réponse aux besoins de ces enfants, et n’en ont pas les moyens. Il s’agit là d’une appro­che stra­té­gi­que de l’aide au déve­lop­pe­ment consa­crée à l’enfance, fon­dée sur l’exper­tise en amont des res­sour­ces dis­po­ni­bles et des besoins insa­tis­faits. Malgré les efforts énormes four­nis par tous, et aussi par vous tous ici pré­sents, nous savons bien que le champ reste immense. Je suis à l’écoute de tous ceux qui ver­raient dans cette idée un pro­jet d’ave­nir et sou­hai­te­raient y contri­buer.

Votre Altesse, Monsieur le Président, Mesdames et mes­sieurs, le sport n’est pas poli­ti­que, il est uni­ver­sel. Il a des cho­ses à dire, des cho­ses à faire. Il ne tient qu’à nous d’oser, d’inven­ter. Faisons-le ! C’est bien là l’un des enjeux majeurs d’un forum comme celui qui nous réu­nit. Sachons voir loin, par­ler franc, et agir ferme*.

Je vous remer­cie.

* Pierre de Coubertin