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Discours de Rama Yade aux préfets de régions et de départements au ministère de l’intérieur. | 03/03/2010 |

4 mars 2010

Mesdames et Messieurs les préfets,

Je sou­haite d’abord vous expri­mer le plai­sir que j’ai de m’adres­ser direc­te­ment à vous aujourd’hui.

Je vou­drais remer­cier le minis­tre de l’Intérieur, votre minis­tre, M. Brice Hortefeux, d’avoir per­mis cette ren­contre, à laquelle je tenais. Je sais que votre ordre du jour était par­ti­cu­liè­re­ment chargé et que mon inter­ven­tion est la der­nière. Je compte donc sur votre atten­tion et… votre indul­gence….

J’ai ren­contré plu­sieurs d’entre vous lors de mes dépla­ce­ments sur le ter­rain. Ces échanges per­son­nels, même brefs, sont essen­tiels pour tout mem­bre de gou­ver­ne­ment.

En ce qui me concerne, j’y vois deux inté­rêts :
-  d’abord le contact, qui est irrem­pla­ça­ble ; l’action publi­que n’est jamais désin­car­née. Elle est tou­jours por­tée par des hom­mes et des fem­mes qui l’illus­tre cha­cun avec son tem­pé­ra­ment, son expé­rience et son regard pro­pre. C’est vrai pour les pré­fets ; c’est vrai aussi pour nos chefs de ser­vi­ces et agents du minis­tère de la Santé et des Sports, que je m’efforce de ren­contrer à cha­cun de mes dépla­ce­ments ;
-  ensuite, la per­cep­tion concrète, visuelle et orale, d’une situa­tion ou d’un pro­blème, dont ren­dent compte sou­vent de manière trop abs­traite et admi­nis­tra­tive les notes dont se nour­ris­sent les minis­tres.

J’ai sou­haité que nous nous ren­contrions aujourd’hui pour évoquer et défen­dre le rôle des « Jeunesse et Sports » dans les nou­vel­les direc­tions ter­ri­to­ria­les.

Notre ren­contre se tient à un moment par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant de la vie de mon minis­tère.

Elle inter­vient en effet quel­ques semai­nes après la mise en œuvre effec­tive des nou­veaux ser­vi­ces régio­naux, les direc­tions régio­na­les de la jeu­nesse, des sports et de la cohé­sion sociale, et à l’échelon ter­ri­to­rial les nou­vel­les direc­tions dépar­te­men­ta­les inter­mi­nis­té­riel­les. Cette réforme était néces­saire ; elle a été conduite avec dili­gence ; elle a sus­cité et sus­cite encore des appré­hen­sions, elle requiert une péda­go­gie et un hori­zon d’ambi­tion.

Pédagogie et ambi­tion : c’est le dou­ble mes­sage que je vou­drais que nous por­tions auprès des « Jeunesse et Sports ».

La réforme de l’Etat est néces­saire. Elle est vou­lue par le Président de la République et le Premier minis­tre. Je la mets en oeu­vre à mon niveau de res­pon­sa­bi­lité. Beaucoup a été fait. Mais, vous le savez mieux que qui­conque, le suc­cès d’une réforme dépend pour l’essen­tiel de sa mise en oeu­vre. Vous connais­sez la direc­tive natio­nale d’orien­ta­tion qui vous a été adres­sée le 2 décem­bre 2009 par le Secrétaire géné­ral des minis­tè­res sociaux.

Je ne vais pas davan­tage vous com­men­ter l’ins­truc­tion dont le pro­jet vous est remis dans votre dos­sier. Elle porte sur les objec­tifs de la poli­ti­que publi­que du sport que je conduis au nom du gou­ver­ne­ment et ses moda­li­tés de mise en œuvre dans le contexte nou­veau né de la réforme ter­ri­to­riale de l’Etat. Je pense plus utile de rap­pe­ler les fon­de­ments de la poli­ti­que publi­que du sport et en quoi l’inter­ven­tion de l’Etat est essen­tielle à la pré­ser­va­tion de ce que l’on appelle le « modèle spor­tif fran­çais ». De vous mon­trer aussi que la pré­ser­va­tion de cette concep­tion fran­çaise qui a placé le sport depuis les années 1960, sous l’impul­sion du Général de Gaulle, au rang de prio­rité natio­nale, est bien loin d’être une excep­tion ana­chro­ni­que dont cer­tains l’affu­blent pour mieux l’acca­bler ou le mar­gi­na­li­ser dans le concert des poli­ti­ques publi­ques de l’Etat.

Dans cette accep­tion gaul­lienne, la légis­la­tion affirme que « Les acti­vi­tés phy­si­ques et spor­ti­ves cons­ti­tuent un élément impor­tant de l’éducation, de la culture, de l’inté­gra­tion et de la vie sociale ; elles contri­buent, notam­ment, à la lutte contre l’échec sco­laire, à la réduc­tion des iné­ga­li­tés socia­les et cultu­rel­les, à la santé ».

Il ne s’agit pas là d’un dis­cours de tri­bune : il s’agit sim­ple­ment de la cita­tion, mot pour mot, de l’arti­cle de loi consi­dé­rant l’inté­rêt géné­ral dont le sport est por­teur.

L’inté­rêt géné­ral, en l’occur­rence, c’est aussi l’inté­rêt de la France. Le pré­si­dent de la République m’a demandé de faire en sorte que la France demeure dans le cer­cle res­treint des gran­des nations spor­ti­ves, dans un cer­cle où la concur­rence et la mon­dia­li­sa­tion sont de plus en plus exa­cer­bées. Parce que la vic­toire de nos cham­pions par­ti­cipe du rayon­ne­ment de la France. Inversement, ses échecs ou insuc­cès assom­bris­sent l’âme natio­nale et ali­men­tent un autre sport natio­nal : l’auto­dé­ni­gre­ment. C’est comme ça.

Sur quoi repose ce « modèle spor­tif fran­çais » ?

Tout sim­ple­ment, sur trois piliers qui don­nent la cohé­rence à tout l’édifice et cons­ti­tue le ciment de la délé­ga­tion don­née aux fédé­ra­tions :
-  l’exis­tence d’une admi­nis­tra­tion clai­re­ment iden­ti­fiée comme char­gée du sport et dis­po­sant de moyens de finan­ce­ments publics affec­tés à la poli­ti­que publi­que du sport, que ces moyens soient bud­gé­tai­res ou dédiés (CNDS en par­ti­cu­lier)
-  un corps de fonc­tion­nai­res spé­cia­li­sés, les pro­fes­seurs de sports au sein duquel sont recru­tés les Conseillers Techniques Sportifs (CTS), tout en ména­geant des sys­tè­mes de mobi­lité et d’allers-retours don­nant de la flui­dité à l’ensem­ble.
-  un cadre juri­di­que adapté, en l’occur­rence le Code du sport, qui sans met­tre l’acti­vité spor­tive hors du droit com­mun, prend en compte ses spé­ci­fi­ci­tés et les contrain­tes consé­cu­ti­ves à la mis­sion de ser­vice public qui lui est atta­chée.

Ces trois com­po­san­tes sont soli­dai­re­ment cons­ti­tu­ti­ves de notre modèle spor­tif fran­çais. Ceux qui pen­sent qu’on peut garan­tir le modèle en s’exo­né­rant d’un pilier ou d’un autre, sont ou aveu­gles ou d’une grande naï­veté.

Un mot encore, si vous le per­met­tez, sur les CTS, qui cons­ti­tuent une part impor­tante des effec­tifs des DRJSCS. Leur for­mat d’emploi est tout à fait par­ti­cu­lier, puisqu’ils exer­cent leur acti­vité, sous l’auto­rité hié­rar­chi­que et fonc­tion­nelle du direc­teur régio­nal, auprès du mou­ve­ment spor­tif régio­nal. Ne consi­dé­rez pas pour autant cette res­source humaine d’une très grande qua­lité comme ne contri­buant pas, de manière signi­fi­ca­tive, aux mis­sions de l’Etat dans vos régions. Leurs mis­sions les amè­nent à inter­ve­nir sur l’ensem­ble du ter­ri­toire régio­nal, dans le domaine du haut-niveau, mais aussi sur des logi­ques d’accom­pa­gne­ment des pro­jets de déve­lop­pe­ment de leurs dis­ci­pli­nes res­pec­ti­ves ou en matière de for­ma­tion.

Mesdames et Messieurs les pré­fets, dans la res­pon­sa­bi­lité qui vous incombe de pilo­ter et de conduire la poli­ti­que publi­que du sport au niveau ter­ri­to­rial, je sou­haite main­te­nant met­tre l’accent sur trois points :
-  la place du sport dans l’ensem­ble plus large de la cohé­sion sociale
-  l’arti­cu­la­tion entre le niveau natio­nal et les échelons déconcen­trés
-  les nou­vel­les arti­cu­la­tions à déve­lop­per entre le niveau régio­nal et les niveaux dépar­te­men­taux.

I- Lors de mes dépla­ce­ments ou à l’occa­sion des échanges avec les agents du minis­tère, leurs orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, des inquié­tu­des se font jour. Ces inquié­tu­des ne sont pas le fruit de je ne sais quel conser­va­tisme des agents et de leur réti­cence innée au chan­ge­ment. Elles sont réel­les. J’y suis très atten­tive. Il nous faut, mais je sais que vous y êtes très sen­si­bles vous-mêmes, Mesdames et Messieurs les pré­fets, tenir compte des préoc­cu­pa­tions et des inter­ro­ga­tions expri­mées par les per­son­nels, parce que le chan­ge­ment dans la durée ne peut se faire sans eux et encore moins contre eux. J’y suis d’autant plus sen­si­ble quand ceux qui sont les pre­miers béné­fi­ciai­res de la poli­ti­que publi­que du sport, les res­pon­sa­bles spor­tifs locaux relaient eux-mêmes ces inquié­tu­des sur un ris­que d’affai­blis­se­ment des ser­vi­ces qui leur étaient des­ti­nés ou de la remise en cause de leurs mis­sions. Rappelons-nous les pro­pos du Premier minis­tre rece­vant les pré­fi­gu­ra­teurs des nou­veaux ser­vi­ces : la réforme de l’Etat a d’abord pour ambi­tion de mieux répon­dre aux atten­tes des citoyens et des usa­gers du ser­vice public. Et de le ren­dre plus lisi­ble, plus acces­si­ble, bref plus per­for­mant.

LA PREMIERE INQUIETUDE EXPRIMEE EST LA CRAINTE D’UNE DILUTION DE LA POLITIQUE DU SPORT DANS UN VASTE ENSEMBLE INDISTINCT, PLUS THEORIQUE QU’OPERATIONNEL : CELUI DE LA COHESION SOCIALE.

Je pense que nous devons, tous ensem­ble, être clairs sur ce point.

Evidemment, le sport par­ti­cipe de la cohé­sion sociale. Il y par­ti­cipe même for­te­ment.

Avec plus de 16 mil­lions de licen­ciés au sein de plus de 175 0 OO clubs locaux, le sport contri­bue au lien social au sein des ter­ri­toi­res. Le club spor­tif demeure un des rares espa­ces de mixité sociale et inter­gé­né­ra­tion­nelle. Un espace pri­vi­lé­gié pour l’enga­ge­ment béné­vole de quel­ques 3 mil­lions de nos conci­toyens. Les agents du Ministère eux-mêmes sont des hom­mes et des fem­mes de ter­rain, enga­gés dans leur métier par voca­tion, cons­cients et avec rai­son de ne pas être des agents comme les autres, héri­tiers d’une lon­gue his­toire, com­men­cée avec Léo Lagrange au temps du Front popu­laire et dont le ter­ri­toire natio­nal est for­te­ment impré­gné à tra­vers leur pré­sence dans nos ter­ri­toi­res. Bref, cette his­toire si par­ti­cu­lière a for­maté leurs mis­sions. Ce sont des éducateurs, à l’image d’un Ministère qui aurait pu s’appe­ler « minis­tère de l’Education popu­laire ».

Qui peut pen­ser qu’un tel maillage soit sans effet sur les condi­tions même de la vie sociale ? Le sport et l’acti­vité phy­si­que et spor­tive, peu­vent cons­ti­tuer un vec­teur d’inté­gra­tion ou d’inser­tion sociale extra­or­di­naire. Les poli­ti­ques publi­ques trans­ver­sa­les, depuis des décen­nies, comme la poli­ti­que de la ville, en sont une bonne illus­tra­tion. Comme le sont aussi les poli­ti­ques d’inser­tion dans l’emploi, aux­quel­les contri­buent cha­que année très lar­ge­ment les asso­cia­tions spor­ti­ves. C’est d’ailleurs la rai­son qui m’a conduit à signer, le 21 jan­vier der­nier, avec mon col­lè­gue Laurent Wauquiez et le pré­si­dent du Comité natio­nal olym­pi­que et spor­tif fran­çais, un accord cadre natio­nal pour le recru­te­ment de 15 000 emplois-aidés en 2010.

Alors oui, le sport, dans ses moda­li­tés éducatives et socia­les et dans son ancrage au plus près des lieux de vie de nos conci­toyens sur l’ensem­ble des ter­ri­toi­res urbains ou ruraux, en France métro­po­li­taine ou Outre-Mer, par­ti­cipe plei­ne­ment de la cohé­sion sociale. C’est une évidence.

Mais le sport, vous le savez bien, ça n’est pas que ça. C’est une pra­ti­que, une culture, une iden­tité, une ambi­tion ten­due vers l’excel­lence. C’a n’est pas un emplâ­tre sur les maux contem­po­rains de nos socié­tés. Ce serait une ins­tru­men­ta­li­sa­tion réduc­trice et fina­le­ment ino­pé­rante. Il y a bien une poli­ti­que indi­vi­dua­li­sée, pres­crip­tive du sport. Qu’il faut pré­ser­ver et enri­chir. Je ne doute pas que vous en êtes convain­cus.

II - Mesdames et Messieurs les pré­fets, au tra­vers de la poli­ti­que publi­que du sport, l’Etat a pour ambi­tion d’être le garant de l’inté­rêt géné­ral, de l’égalité d’accès de tous à une offre spor­tive de qua­lité, quel­que soit son niveau de pra­ti­que, de l’ini­tia­tion à l’excel­lence spor­tive, quel­que soit son ori­gine, son lieu de rési­dence, son âge, qu’il soit homme ou femme, valide ou han­di­capé. Affirmer ainsi les fina­li­tés et les valeurs pro­pres de la poli­ti­que du sport, c’est aussi garan­tir son unité de mise en œuvre au niveau déconcen­tré, en renon­çant à des com­bi­nai­sons orga­ni­sa­tion­nel­les ou mana­gé­ria­les qui en fra­gi­li­se­raient la cohé­rence.

Affirmer la contri­bu­tion intrin­sè­que du sport à la cohé­sion sociale et le reconnaî­tre comme vec­teur majeur d’une poli­ti­que de cohé­sion sociale et de pro­tec­tion des popu­la­tions, ne signi­fie pas pour autant mar­gi­na­li­ser la com­po­sante sport au sein des nou­veaux ser­vi­ces inter­mi­nis­té­riels. Entendez-moi : je ne prône ni le repli sur soi, ni la dis­so­lu­tion des com­po­san­tes de la poli­ti­que publi­que du sport. Il nous faut sor­tir de cette cris­pa­tion binaire. Vous qui êtes au cœur des poli­ti­ques publi­ques, savez bien que la réa­lité est plus com­plexe. C’est la rai­son pour laquelle je suis très atten­tive à la pré­ser­va­tion des com­pé­ten­ces métiers des pro­fes­seurs de sport. N’y voyez pas, Mesdames et Messieurs les pré­fets, une fois encore, une de ces injonc­tions contra­dic­toi­res qu’il plaît sou­vent, et par­fois à juste titre, aux ser­vi­ces déconcen­trés d’attri­buer aux admi­nis­tra­tions cen­tra­les !

Je ne suis pas de ceux qui croient qu’une poli­ti­que publi­que du sport puisse se pilo­ter depuis quel­ques bureaux ou depuis une agence pari­sienne.

C’est pour­quoi je veille à ce que la capa­cité d’inter­ven­tion et d’exper­tise néces­saire à la mise en œuvre de cette poli­ti­que sur le ter­rain soit bien pré­ser­vée au sein des nou­vel­les direc­tions dépar­te­men­ta­les inter­mi­nis­té­riel­les.

Le ren­for­ce­ment du rôle de pilo­tage conféré aux nou­vel­les direc­tions régio­na­les de la jeu­nesse, des sports et de la cohé­sion sociale, désor­mais opé­ra­tion­nel­les depuis le 1er jan­vier 2010, ne signi­fie pas la dis­pa­ri­tion du niveau dépar­te­men­tal.

Le niveau dépar­te­men­tal demeure l’échelon de mise en œuvre : c’est l’échelon de la proxi­mité.

Que vau­drait une bonne poli­ti­que de déve­lop­pe­ment des pra­ti­ques spor­ti­ves conçue au niveau natio­nal dont les objec­tifs stra­té­gi­ques et opé­ra­tion­nels seraient lais­sés aux bon­nes dis­po­si­tions de tels ou tels acteurs ou à l’idée qu’il s’en fait .

Comment défen­dre le rôle de régu­la­tion de l’Etat entre les ter­ri­toi­res et le prin­cipe d’égalité d’accès à ses poli­ti­ques et accep­ter que dans une quin­zaine de dépar­te­ments, évidement les moins attrac­tifs, les emplois res­tent vacants, créant ainsi de véri­ta­bles rup­tu­res dans notre pacte répu­bli­cain de conti­nuité ter­ri­to­riale ?

C’est pour cela, que dans un contexte bud­gé­taire dont vous connais­sez la fai­blesse des mar­ges de manœu­vre, j’ai demandé, pour la pre­mière fois depuis trois ans, l’ouver­ture d’un concours de pro­fes­seurs de sports pour pour­voir les 15 dépar­te­ments les plus défi­ci­tai­res. Cette orien­ta­tion sera pour­sui­vie.

Mais cet enga­ge­ment impli­que deux contre­par­ties.

La pre­mière, c’est que cet effort de régu­la­tion entre les ter­ri­toi­res se pour­suive dans une pers­pec­tive plu­rian­nuelle.

Mesdames et Messieurs les pré­fets, on n’échappera pas, dans un contexte de res­ser­re­ment des pla­fonds d’emplois, à un réé­qui­li­brage entre les dépar­te­ments les mieux dotés et les autres.

Je n’attends pas de remer­cie­ments des pré­fets qui ver­ront ainsi la cons­tante dégra­da­tion de leurs res­sour­ces humai­nes spor­ti­ves s’estom­per. Je n’atten­drai pas de remer­cie­ments non plus des pré­fets excé­den­tai­res, mais j’appré­cie­rai leur adhé­sion à une redis­tri­bu­tion plus équitable des res­sour­ces humai­nes de mon minis­tère !

Il y a une seconde contre­par­tie à cette volonté de garan­tir aux nou­veaux ser­vi­ces dépar­te­men­taux inter­mi­nis­té­riels une res­source humaine spé­ci­fi­que à la poli­ti­que publi­que du sport ; c’est que les per­son­nels concer­nés, et sin­gu­liè­re­ment les pro­fes­seurs de sports, cadres de haut niveau, soient, et c’est bien le moins, mobi­li­sés confor­mé­ment à leurs com­pé­ten­ces métiers, à leurs com­pé­ten­ces sta­tu­tai­res, pour la mise en œuvre de la poli­ti­que publi­que du sport.

Cela n’inter­dit pas de recher­cher les coo­pé­ra­tions nou­vel­les à déve­lop­per au sein des nou­vel­les direc­tions inter­mi­nis­té­riel­les.

Mais pas au prix, vous m’avez com­prise, Mesdames et Messieurs les pré­fets, d’un renon­ce­ment aux objec­tifs assi­gnés à la poli­ti­que publi­que du sport.

Il me revient d’en défen­dre les objec­tifs auprès de la repré­sen­ta­tion par­le­men­taire, à qui je rends compte des résul­tats obte­nus, de la bonne uti­li­sa­tion des moyens alloués, bref ! de la per­for­mance réa­li­sée.

Car, une poli­ti­que publi­que du sport, comme dans tout autre domaine de l’action de l’Etat, ce n’est pas une poli­ti­que à la carte.

La poli­ti­que du sport est natio­nale.

Dire cela ne signi­fie pas que tou­tes les prio­ri­tés doi­vent être hié­rar­chi­sées de la même manière et que les moda­li­tés d’action doi­vent répon­dre à une pro­cé­dure uni­que conçue dans les bureaux cen­traux du minis­tère.

Mais la manière d’y arri­ver, le moyen de mobi­li­ser les res­sour­ces les plus adé­qua­tes au niveau des ter­ri­toi­res, ce n’est pas depuis Paris seul que cela doit se déci­der. C’est aussi de la res­pon­sa­bi­lité des pré­fets et des ser­vi­ces déconcen­trés sous leur auto­rité.

Certes, il faut conti­nuer à exi­ger des admi­nis­tra­tions cen­tra­les qu’elles se consa­crent davan­tage à la défi­ni­tion du cap, à l’évaluation des résul­tats, plus qu’à la ges­tion myope des pro­cé­du­res. Il convient paral­lè­le­ment que les échelons ter­ri­to­riaux se met­tent en capa­cité d’ini­tia­tive.

De mes obser­va­tions du ter­rain, je reste sur­prise par un cer­tain confor­misme dans la décli­nai­son des poli­ti­ques de mon minis­tère, quel que soit le ter­ri­toire.

Permettez-moi un seul exem­ple pour illus­trer mon pro­pos.

Favoriser la pra­ti­que d’une acti­vité phy­si­que et spor­tive d’une per­sonne han­di­ca­pée au sein de son club de quar­tier, tel est un des objec­tifs que j’entends déve­lop­per, à l’ins­tar de mes pré­dé­ces­seurs. L’exi­gence de cohé­sion sociale est là, vous me l’accor­de­rez, directe et sans détour…

Mais qui peut croire qu’il n’y ait pas des modes opé­ra­toi­res dif­fé­rents selon les contex­tes des ter­ri­toi­res, les poli­ti­ques loca­les, les res­sour­ces mobi­li­sa­bles et voire au sein d’un même dépar­te­ment, selon les dis­ci­pli­nes ?

Il y a des stra­té­gies à expé­ri­men­ter, des logi­ques d’accom­pa­gne­ment des acteurs à inven­ter et qui ne se limi­tent pas à la sim­ple ins­truc­tion d’une demande de sub­ven­tion à la suite d’un appel à pro­jets, de plus en plus numé­risé.

Mesdames et Messieurs les pré­fets, c’est ma convic­tion : le métier des per­son­nels sport affec­tés dans les ser­vi­ces dépar­te­men­taux pour la poli­ti­que publi­que du sport ne sau­rait se limi­ter à une ins­truc­tion admi­nis­tra­tive, dans une logi­que de gui­chet.

Il s’agit tout au contraire, au tra­vers de pro­cé­du­res et d’une exper­tise adap­tée, qui peut s’enri­chir de com­pé­ten­ces exter­nes pro­ve­nant d’autres cultu­res pro­fes­sion­nel­les, de pro­mou­voir un accom­pa­gne­ment de tous ces acteurs qui ren­dront l’accueil de la per­sonne han­di­ca­pée vou­lue, accep­tée et fina­le­ment pos­si­ble et dura­ble.

III - Mesdames et Messieurs les pré­fets, le décret du 16 février 2010 a consa­cré le pré­fet de région comme le garant de la cohé­rence de l’action de l’Etat dans la région.

Le niveau régio­nal est donc investi d’une res­pon­sa­bi­lité essen­tielle de pilo­tage des poli­ti­ques publi­ques de l’Etat, que la mise en œuvre de la loi orga­ni­que pour les lois de finan­ces avait lar­ge­ment ini­tié en orga­ni­sant au niveau régio­nal les bud­gets opé­ra­tion­nel de pro­gramme.

Dans le champ du sport, la com­pé­tence du niveau régio­nal est encore ren­for­cée du fait des com­pé­ten­ces pro­pres et exclu­si­ves dévo­lues aux direc­tions régio­na­les de la jeu­nesse, des sports, et de la cohé­sion sociale, dans des matiè­res impor­tan­tes : le sport de haut-niveau, le suivi du sport pro­fes­sion­nel, la méde­cine spor­tive, la lutte contre le tra­fic des pro­duits dopants et la lutte anti-dopage, la for­ma­tion aux métiers du sport et la cer­ti­fi­ca­tion pour les­quels les direc­teurs régio­naux dis­po­sent de la qua­lité d’auto­rité aca­dé­mi­que. La régio­na­li­sa­tion du CNDS au sein d’une com­mis­sion ter­ri­to­riale uni­que a ren­forcé le péri­mè­tre régio­nal d’inter­ven­tion.

La ques­tion de l’arti­cu­la­tion entre le niveau régio­nal et le niveau dépar­te­men­tal cons­ti­tue un enjeu majeur.

S’agis­sant de la poli­ti­que publi­que du sport, cette arti­cu­la­tion est lar­ge­ment déter­mi­née du fait des condi­tions de mise en œuvre des pro­jets de déve­lop­pe­ment spor­tifs dis­ci­pli­nai­res conçus sous la res­pon­sa­bi­lité des ligues spor­ti­ves régio­na­les.

Cette arti­cu­la­tion entre les deux niveaux ne sau­rait donc se conce­voir de façon bureau­cra­ti­que et dog­ma­ti­que. Elle doit l’être en réfé­rence à la poli­ti­que du sport et aux dyna­mi­ques ter­ri­to­ria­les.

La réforme de l’Etat, ce n’est pas un sim­ple mécano.

C’est une volonté et un état d’esprit, pas un nou­veau code de pro­cé­dure.

La trans­ver­sa­lité, la mutua­li­sa­tion, le par­tage d’expé­rience et d’exper­tise sont les nou­vel­les com­pé­ten­ces atten­dues des fonc­tion­nai­res de l’Etat.

Evitons donc main­te­nant de figer les com­pé­ten­ces et les logi­ques de coo­pé­ra­tion entre tous ceux qui, au niveau du ter­ri­toire régio­nal, concou­rent à la poli­ti­que publi­que du sport.

A L’HEURE DES EQUIPES PROJETS, DES COMPETENCES ET DES INTELLIGENCES COLLECTIVES, IL FAUDRA SE GARDER D’UN EMIETTEMENT DANS LA GESTION DES RESSOURCES HUMAINES AFFECTEES A LA POLITIQUE PUBLIQUE DU SPORT.

Le niveau régio­nal, dans ses res­pon­sa­bi­li­tés réaf­fir­mées et accen­tuées de pilo­tage des poli­ti­ques publi­ques, demeure pro­ba­ble­ment le bon échelon de ges­tion, en mode réseau, de ces équipes tech­ni­ques spor­ti­ves régio­na­les.

Aujourd’hui les ins­pec­teurs, les pro­fes­seurs de sports ne sont plus des ges­tion­nai­res de pro­jets : ce sont des ingé­nieurs de l’accom­pa­gne­ment, à même de pro­po­ser une exper­tise poin­tue dans un domaine ou un autre. Mais, tous les domai­nes ne pou­vant être cou­verts au sein d’un même dépar­te­ment, notam­ment dans les plus petits, il fau­dra bien orga­ni­ser, mutua­li­ser et dif­fu­ser cette exper­tise, depuis le niveau régio­nal.

C’est même la condi­tion, pro­ba­ble­ment la seule, per­met­tant de garan­tir dans la durée un accom­pa­gne­ment et une exper­tise de proxi­mité, sous l’égide des nou­vel­les direc­tions dépar­te­men­ta­les inter­mi­nis­té­riel­les, dans un contexte struc­tu­rel de non-rem­pla­ce­ment d’un fonc­tion­naire sur deux par­tant à la retraite.

L’obli­ga­tion d’un égal accès à l’exper­tise et à l’ingé­nie­rie de déve­lop­pe­ment sur tout le ter­ri­toire régio­nal nous obli­gera, vous obli­gera, à recher­cher de tels for­mats de ges­tion des res­sour­ces humai­nes dis­po­ni­bles.

L’impli­ca­tion que je vous demande sur ce point est essen­tielle. Elle ne peut être, cepen­dant, à sens uni­que et dépen­dre uni­que­ment de votre force de convic­tion. C’est pour­quoi, je compte me sai­sir des pro­chains chan­tiers de la RGPP pour que les direc­tions régio­na­les soient ren­for­cées dans leur capa­cité, sous votre auto­rité, à gérer les moyens en res­sour­ces humai­nes rele­vant de la poli­ti­que publi­que du sport, à par­tir de dota­tions glo­ba­li­sées.

Dans cette vision, il n’y a pas place à une quel­conque oppo­si­tion doc­tri­nale entre les deux niveaux régio­nal et dépar­te­men­tal : une appro­che ter­ri­to­riale inté­grée, conci­liant l’exi­gence du pilo­tage et la coor­di­na­tion régio­nale et l’impé­ra­tif de proxi­mité de mise en œuvre de la poli­ti­que publi­que du sport très lar­ge­ment fon­dée sur l’accom­pa­gne­ment des acteurs.

Mesdames et Messieurs les pré­fets, nous devons à nos conci­toyens, aux usa­gers du ser­vice public de réus­sir cette ambi­tieuse et néces­saire réforme de l’Etat, sauf à entre­te­nir l’idée d’un Etat loin du citoyen et de ses préoc­cu­pa­tions.

Pour ter­mi­ner, je vou­drais vous faire un point bref sur le pro­jet de réforme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les et la place du sport.

Vous avez dans votre dos­sier la cor­res­pon­dance adres­sée au pré­si­dent du Comité natio­nale olym­pi­que et spor­tif signée de Brice Hortefeux, Roselyne Bachelot, Alain Marleix et de moi-même.

Plusieurs d’entre vous, et je les en remer­cie, ont attiré mon atten­tion sur l’exploi­ta­tion média­ti­que que cer­tai­nes col­lec­ti­vi­tés, dépar­te­ments et régions, sont en train de déve­lop­per sur ce dos­sier, en fei­gnant de faire croire au mou­ve­ment spor­tif local, dépar­te­men­tal et régio­nal, que la sup­pres­sion de la clause de com­pé­tence géné­rale mar­quera la fin de toute inter­ven­tion de leur part dans le domaine du sport.

Certaines col­lec­ti­vi­tés, et notam­ment au niveau dépar­te­men­tal, pro­fi­te­raient de ce contexte pour, d’ores et déjà, dimi­nuer leurs sub­ven­tions, contri­buant ainsi à un vaste mou­ve­ment de dés­in­for­ma­tion des milieux spor­tifs sur les objec­tifs et les consé­quen­ces du pro­jet de réforme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les.

Or la réa­lité et l’inten­tion du Gouvernement sont tout autres.

Le pro­jet de loi pré­voit que dans un délai d’un an au maxi­mum après la paru­tion de la loi, une loi com­plé­men­taire pré­ci­sera la répar­ti­tion des com­pé­ten­ces des Régions et des Départements, ainsi que les règles d’enca­dre­ment des cofi­nan­ce­ments.

Pour mémoire, je vous pré­cise que les finan­ce­ments des col­lec­ti­vi­tés loca­les, com­mu­nes et inter­com­mu­na­li­tés sont esti­més entre 8 et 9 mil­liards d’euros, ceux en pro­ve­nance des Départements et des Régions étant de l’ordre de 2 mil­liards d’euros.

C’est parce que ces mon­tants sont consé­quents et essen­tiels pour pré­ser­ver la dyna­mi­que ter­ri­to­riale dépar­te­men­tale et régio­nale en matière de sport, qu’il convient de met­tre à pro­fit cette dis­po­si­tion du pro­jet de loi sur la réforme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les pour cla­ri­fier les com­pé­ten­ces, en matière de sport, entre les Départements et les Régions.

Cette cla­ri­fi­ca­tion néces­saire sera aussi le moyen de sécu­ri­ser le finan­ce­ment du mou­ve­ment spor­tif, cha­cun sachant ce qui, en toute clarté, relève de tel niveau ou de tel autre.

Je vous engage à ras­su­rer les pré­si­dents de clubs, de comi­tés dépar­te­men­taux et de ligues, qui vous feraient part de leur inquié­tude à ce sujet.

Mon cabi­net reste à la votre dis­po­si­tion pour connaî­tre des éléments de lan­gage qui vous seraient uti­les. De mon côté, sachez que je serai atten­tive aux sug­ges­tions dont vous sou­hai­te­riez me faire part sur cette nou­velle archi­tec­ture des com­pé­ten­ces des Régions et des Départements, qu’il serait incongru de dis­so­cier des logi­ques d’inter­ven­tion que l’Etat vient de redé­fi­nir, pour ce qui le concerne, tant au niveau natio­nal qu’à l’échelon ter­ri­to­rial.

Mesdames et Messieurs les pré­fets, je vous remer­cie de votre atten­tion.

Seule pro­noncé fait foi