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Discours de Rama Yade devant les forces vives de la montagne, à l’occasion de sa visite de l’ENSA | 12/02/2010 |

12 février 2010

Monsieur le Préfet,
Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil régional
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Maire de Chamonix,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Mesdames et Messieurs les responsables d’associations
Mesdames et Messieurs les chefs de services,
Mesdames et Messieurs les membres du conseil d’administration de l’ENSA,
Monsieur le directeur de l’ENSA,
Mesdames, Messieurs,

Chamonix. La val­lée de Chamonix. Ses légen­des et les beaux exploits de ceux qui s’affron­tent à la mon­ta­gne. Tout dépla­ce­ment d’un minis­tre com­porte un cer­tain rituel : l’hom­mage à ceux qui vous accueillent cha­leu­reu­se­ment ; l’évocation d’un lieu chargé his­toire ; l’admi­ra­tion pour la beauté par­ti­cu­lière d’un pay­sage ou pour la vigueur d’une ins­ti­tu­tion.

Et bien, à Chamonix, c’est tout cela à la fois : des mon­ta­gnes à cou­per le souf­fle ; la mémoire des gran­des figu­res héroï­ques de l’alpi­nisme et du ski fran­çais, les Coutet, Terray, Rébuffat, Lachenal, Lafaille ; la nar­ra­tion dra­ma­ti­que des cor­dées de Frison-Roche ; le sou­ve­nir du renou­veau du sport et de ses poli­ti­ques publi­ques grâce au Général De Gaulle et à Maurice Herzog qui ont donné vie à ce minis­tère dont j’exerce aujourd’hui les mis­sions exal­tan­tes ; et cette Ecole qui, de l’Hôtel des Allobroges jusqu’à ce très beau lieu, incarne la magni­fi­que tra­di­tion fran­çaise de la mon­ta­gne, de ses savoirs et de ses hom­mes.

Mes pre­miers mots seront donc pour vous dire l’hon­neur, mais aussi l’émotion que je res­sens à être ici dans ce bel établissement qu’est l’Ecole natio­nale de ski et d’alpi­nisme.

Au tra­vers de la pré­sen­ta­tion de l’établissement que vous diri­gez, mon­sieur le direc­teur, Cher Monsieur OUDOT, au tra­vers des ima­ges fur­ti­ve­ment aper­çues, des por­traits rapi­de­ment rap­pe­lés, j’ai cons­cience, de la place par­ti­cu­lière de l’ENSA au sein du réseau des établissements du Ministère.

L’his­toire de l’Ecole se confond avec la saga des gran­des conquê­tes alpi­nes et des heu­res glo­rieu­ses du ski fran­çais.

Son iden­tité est d’abord indis­so­lu­ble­ment liée aux ter­ri­toi­res qu’elle incarne, au cœur de ce mas­sif du Mont Blanc, au cœur de cette ville de Chamonix.

Ces val­lées et ces monts for­gent les hom­mes et les fem­mes de carac­tère que sont les mon­ta­gnards ! Plus que d’autres ter­res elle a formé son cor­tège illus­tre de héros, d’aven­tu­riers des som­mets et des grands espa­ces.

L’iden­tité de l’ENSA est également insé­pa­ra­ble de cette extra­or­di­naire trans­for­ma­tion, en quel­ques décen­nies, des ter­ri­toi­res de mon­ta­gne, dans leurs pay­sa­ges, dans leur rythme, dans leur orga­ni­sa­tion, dans leur économie.

Cet « or blanc » a ouvert des pers­pec­ti­ves et donné les moyens économiques aux fem­mes et aux hom­mes des val­lées, de demeu­rer et de tra­vailler au pays.

Je veux par­ler de cette autre saga que fut la conquête de « l’or blanc », fai­sant du mas­sif alpin le plus grand domaine skia­ble du monde, le pre­mier, ou l’un des tout pre­miers, pays pour le nom­bre de sta­tions et de remon­tées méca­ni­ques.

Enfin, l’iden­tité de l’ENSA s’est for­gée grâce à tous ceux, alpi­nis­tes, gui­des de haute-mon­ta­gne, pro­fes­seurs, for­ma­teurs, per­son­nels tech­ni­ques et admi­nis­tra­tifs, qui ont servi cet établissement et formé des mil­liers d’ama­teurs, au sens noble du terme d’amou­reux de la mon­ta­gne, des mil­liers de pro­fes­sion­nels qui met­tent leur com­pé­tence au ser­vice de tou­tes les mon­ta­gnes du monde.

Permettez, Mesdames et Messieurs les repré­sen­tants des for­ces vives des sports de mon­ta­gne, au minis­tre chargé des sports, de saluer tout par­ti­cu­liè­re­ment l’ensem­ble des per­son­nels de l’ENSA, et de PREMANON aussi -j’y revien­drai – et de leur faire part de toute ma reconnais­sance. Une reconnais­sance qui n’est pas sim­ple­ment l’hom­mage ver­bal à un dévoue­ment et une exper­tise mais l’admi­ra­tion sin­cère pour l’accom­plis­se­ment d’une mis­sion conduite avec talent et per­sé­vé­rance.

En m’incli­nant devant la pla­que du sou­ve­nir de tou­tes cel­les et ceux, pro­fes­sion­nels de l’ENSA, ayant trouvé la mort dans l’exer­cice de leur métier, de leur pas­sion, j’ai mesuré com­bien votre lien avec la mon­ta­gne res­tait sin­gu­lier, et pro­ba­ble­ment un peu mys­té­rieux pour ceux qui n’y vivent pas.

Je sou­hai­te­rais m’attar­der un ins­tant sur cette économie spor­tive des ter­ri­toi­res de mon­ta­gne. C’est un mixte sin­gu­lier, et peut être uni­que, qui asso­cie sport, économie et ter­ri­toire.

Les ter­ri­toi­res de mon­ta­gnes pré­sen­tent une dimen­sion excep­tion­nelle : les 6 mas­sifs métro­po­li­tains occu­pent 30% du ter­ri­toire, recou­vrant à peu près la moi­tié des dépar­te­ments fran­çais.

Cette diver­sité est une richesse, notam­ment dans le champ des pra­ti­ques spor­ti­ves ; avec pour consé­quence une grande diver­si­fi­ca­tion des for­mes de l’acti­vité spor­tive, des ter­rains d’exer­cice, des maté­riels spor­tifs uti­li­sés, des condi­tions d’appren­tis­sage et d’enca­dre­ment, ou des publics.

Le sport ici a façonné un ter­ri­toire. Je ne connais pas d’autres exem­ples d’une telle inte­rac­tion.

Le sport a, en effet, au cours des 40 der­niè­res années, contri­bué à trans­for­mer signi­fi­ca­ti­ve­ment et dura­ble­ment les ter­ri­toi­res de mon­ta­gne. Faut-il le rap­pe­ler, le modèle économique des ter­ri­toi­res mon­ta­gnards, et sin­gu­liè­re­ment alpins, pla­cent la pres­ta­tion des loi­sirs spor­tifs au cœur de l’offre tou­ris­ti­que.

Ce modèle s’est ins­crit, au début des années 1960, dans une stra­té­gie volon­ta­riste de l’Etat, por­tée par deux ambi­tions : une poli­ti­que coor­don­née d’amé­na­ge­ment des ter­ri­toi­res de mon­ta­gne (DATAR) et un pro­jet affi­ché de démo­cra­ti­sa­tion de la pra­ti­que spor­tive, et notam­ment des sports de neige.

Le rôle d’impul­sion, d’orien­ta­tion et de régu­la­tion du minis­tère en charge des sports a été essen­tiel pour la struc­tu­ra­tion de la filière des métiers des sports de mon­ta­gne.

L’orga­ni­sa­tion de la bran­che pro­fes­sion­nelle de l’enca­dre­ment du ski, ces fameux « moni­teurs », a natu­rel­le­ment béné­fi­cié de ce contexte spé­ci­fi­que ; les pou­voirs publics ont lar­ge­ment contri­bué à en créer les condi­tions en légi­fé­rant ou en inter­ve­nant sous le dou­ble regis­tre de la sécu­rité et de la for­ma­tion.

De là découle à la fois la régle­men­ta­tion des métiers spor­tifs de mon­ta­gne et le pri­vi­lège de cer­ti­fi­ca­tion et de for­ma­tion dévolu au minis­tère des sports dans le cadre déro­ga­toire de « l’envi­ron­ne­ment spé­ci­fi­que ».

De là découle aussi l’incur­sion affir­mée de l’Etat, dans le champ péda­go­gi­que des modes d’appren­tis­sage du ski alpin, puis des sports de mon­ta­gne, condui­sant à confé­rer à L’Ecole natio­nale de ski et d’alpi­nisme (ENSA) une mis­sion « d’élaboration de métho­des d’ensei­gne­ment en matière de ski et de sport de mon­ta­gne », pré­ci­sé­ment ins­crite dans les sta­tuts de l’Ecole dès son ori­gine en 1947.

Mesdames et Messieurs, les repré­sen­tants des for­ces vives des sports de mon­ta­gne, vous savez com­bien le chan­tier des for­ma­tions pro­fes­sion­nel­les aux métiers de l’enca­dre­ment des sports de mon­ta­gne a cons­ti­tué, et cons­ti­tue, pour le minis­tère chargé des sports, une préoc­cu­pa­tion per­ma­nente.

Le modèle auquel nous som­mes arri­vés est le fruit d’échanges, de négo­cia­tions, de confron­ta­tions par­fois, entre l’admi­nis­tra­tion et les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nel­les. Une belle illus­tra­tion du dia­lo­gue social à la fran­çaise, lors­que les oppo­si­tions de vues sont dépas­sées par la volonté de cons­truire ensem­ble, au plus près des besoins des usa­gers, et dans l’inté­rêt bien com­pris des pro­fes­sion­nels.

Tout cela ne c’est pas fait en un jour et n’a pas été un long fleuve tran­quille, n’est-ce pas Monsieur le Président Chabert !

Aujourd’hui, les for­ma­tions de moni­teurs de ski, de gui­des, d’accom­pa­gna­teurs en moyenne mon­ta­gne sont sta­bi­li­sées ; les réfé­ren­tiels de for­ma­tion ont su inté­grer les nou­vel­les exi­gen­ces atten­dues du pro­fes­sion­nel par une clien­tèle de plus en plus atten­tive à la qua­lité du ser­vice rendu.

L’extra­or­di­naire pro­gres­sion des maté­riels a pro­fon­dé­ment fait évoluer les modes d’appren­tis­sa­ges et les for­mes de pra­ti­ques et de glisse. De nou­vel­les cultu­res spor­ti­ves sont appa­rues.

Le mar­ché uni­que et le prin­cipe de libre cir­cu­la­tion des tra­vailleurs euro­péens ont cons­ti­tué, ces der­niè­res années, une contrainte sup­plé­men­taire, ame­nant la France dans des négo­cia­tions sou­vent dif­fi­ci­les, voire conten­tieu­ses, avec la com­mis­sion euro­péenne, à défen­dre son modèle de for­ma­tion, tout en se confor­mant aux grands prin­ci­pes du droit com­mu­nau­taire.

Je sou­haite que le conten­tieux, rela­tif au snow­board, dont la réso­lu­tion est en bonne voie, sans être, à ce jour, tota­le­ment sol­dée avec la com­mis­sion euro­péenne, soit le der­nier épisode d’une rela­tion un peu tumul­tueuse entre la France, Bruxelles et ses voi­sins.

Qu’on m’entende bien : il ne s’agit pas de renon­cer à notre modèle, ou plus exac­te­ment à ce que j’appel­le­rais plus volon­tiers « notre mar­que » de for­ma­tion.

Mais plu­tôt d’être assuré de soi et d’être convaincu que notre sys­tème de for­ma­tion est suf­fi­sam­ment ouvert, suf­fi­sam­ment per­ti­nent, suf­fi­sam­ment nova­teur et dyna­mi­que pour ne pas crain­dre la com­pa­rai­son avec les autres sys­tè­mes de for­ma­tion, notam­ment dans le cer­cle alpin, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, et pyré­néens, l’Espagne.

Ce n’est pas avoir la foi du char­bon­nier mais sim­ple­ment être lucide, sans timi­dité ni crainte.

Ce sont là les deux chal­len­ges que je sou­haite conduire avec les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nel­les, tou­tes les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nel­les.

Parce qu’on ne s’engage pas dans un tel chan­tier en étant divi­sés.

Le pre­mier chal­lenge vise à don­ner plus de trans­ver­sa­lité, plus de flui­dité à des for­ma­tions cons­trui­tes sur un prin­cipe de ver­ti­ca­lité et d’étanchéité.

De nom­breux pro­fes­sion­nels, et parmi eux, le pré­si­dent des moni­teurs de ski, mon­sieur Gilles Chabert, ont récem­ment fait connaî­tre leur sou­hait de favo­ri­ser les pas­se­rel­les entre les for­ma­tions de moni­teurs de ski, de gui­des, ou d’accom­pa­gna­teurs en moyenne mon­ta­gne.

C’est une préoc­cu­pa­tion de bons sens mais comme tout ce qui est de bon sens…

Qui peut nier en effet qu’il existe dans ces dif­fé­rents cur­sus des matiè­res com­mu­nes : météo­ro­lo­gie, connais­sance du milieu mon­ta­gnard, cadres légis­la­tifs et régle­men­tai­res, connais­sance du public, etc.

Ce tronc com­mun étant acquis dans un des réfé­ren­tiels de for­ma­tion, est-il bien rai­son­na­ble de l’impo­ser à nou­veau à ceux qui sou­hai­te­raient acqué­rir d’autres com­pé­ten­ces ?

Le bon sens donc, le coût des for­ma­tions, l’évolution aussi du mar­ché du tra­vail condui­sent à répon­dre non et à œuvrer pour la mise en place rapide de ce por­te­feuille com­mun aux for­ma­tions des sports de mon­ta­gne.

Le deuxième chal­lenge part d’une évidence, s’appuie sur un cons­tat et pro­pose une ambi­tion. Il s’agit, ni plus, ni moins, de vivre avec son temps et de pen­ser dif­fé­rem­ment nos rap­ports, en ces domai­nes, avec l’Europe.

Je suis en effet convain­cue que la meilleure pro­tec­tion aujourd’hui des for­ma­tions aux métiers spor­tifs de la mon­ta­gne, n’est plus d’iso­ler ces for­ma­tions du cadre géné­ral des for­ma­tions pro­fes­sion­nel­les, comme autant de fron­tiè­res et de parois franco-fran­çai­ses infran­chis­sa­bles.

Ne serait-il pas temps de consi­dé­rer que la pro­tec­tion pas­sera demain par la reconnais­sance d’un modèle de for­ma­tion pro­pre aux sports de mon­ta­gne à l’échelle euro­péenne ?

L’Université à inté­gré en quel­ques années les cur­sus euro­péens LMD, licen­ces Master, doc­to­rats dans l’ensem­ble des for­ma­tions uni­ver­si­tai­res à l’échelle euro­péenne. Qui peut croire, compte-tenu de la culture du défi et de l’endu­rance pro­pre aux mon­ta­gnards, que ce serait une mis­sion impos­si­ble !

Nous ne par­tons pas de rien.

Que sont les « euro tests », si ce n’est un tronc com­mun euro­péen des com­pé­ten­ces tech­ni­ques requi­ses pour tel­les ou tel­les entrées en for­ma­tion ?

Que sont les « euro­sé­cu­rité », si ce n’est une vision par­ta­gée à l’échelle de tou­tes les cer­ti­fi­ca­tions euro­péen­nes des contrain­tes mini­ma­les com­mu­nes en matière de sécu­rité. Le pli de la culture de l’échange est bien pris !

Les réseaux exis­tent, les hom­mes se connais­sent et, pro­ba­ble­ment, s’esti­ment.

Enfin, l’évidence, c’est qu’il y a plus de proxi­mité entre un guide autri­chien et un guide de Chamonix, qu’entre un moni­teur de ski et un ensei­gnant de squash !

L’évidence, c’est que l’Europe de la mon­ta­gne est une réa­lité géo­gra­phi­que, cultu­relle, économique, sociale.

La vraie fron­tière pour pré­ser­ver vos métiers n’est-elle pas celle d’une Europe dont 45% de la super­fi­cie totale est clas­sée en zone mon­ta­gne, et dont 25% de la popu­la­tion vit dans une zone de mon­ta­gne ?

L’évidence c’est aussi l’his­toire.

Le mas­sif alpin, comme le tou­risme bal­néaire, est devenu un lieu convoité au cours du XIXe siè­cle pour la pra­ti­que du sport. Comme tant de cho­ses uti­les à l’être humain, cela a été inventé par les Anglais : le pre­mier club alpin est crée à Londres en 1858 et d’autres s’orga­ni­sent en 1862 et 1863 en Autriche, en Suisse et en Italie.

Ces pre­miers alpi­nis­tes explo­rent les sites, signa­lent les voies d’accès, créent des refu­ges et des cha­lets-hôtels, faci­li­tant ainsi le pre­mier accès spor­tif à la mon­ta­gne.

La dimen­sion ori­gi­nelle euro­péenne se retrouve aussi dans le déve­lop­pe­ment des sports d’hiver, car c’est bien avec du maté­riel venu de Norvège que les essais de ski alpin se réa­li­sent en 1879.

Le pre­mier club concer­nant les sports d’hiver est fondé en 1896 à Grenoble et le pre­mier concours de ski se déroule en 1908.

Je suis prête à ouvrir avec vous ce chan­tier, sans pré­somp­tion natio­nale, tout sim­ple­ment forte de nos convic­tions sur la qua­lité de notre sys­tème de for­ma­tions et des syner­gies poten­tiel­les avec plu­sieurs autres modè­les euro­péens.

Mesdames et mes­sieurs les repré­sen­tants des for­ces vives des sports de mon­ta­gne, aller de l’avant, inno­ver, inté­grer les évolutions plus que les contra­rier, c’est peut-être le trait domi­nant de cette économie spor­tive de la mon­ta­gne.

Puissiez-vous conser­ver encore long­temps cette culture du mou­ve­ment et de l’adap­ta­tion ! Et res­ter les pre­miers de cor­dée !

Car, c’est une néces­sité dans le contexte des muta­tions struc­tu­rel­les, économiques, envi­ron­ne­men­ta­les, cli­ma­ti­ques qui tra­ver­sent aujourd’hui les ter­ri­toi­res de mon­ta­gne, qu’il s’agisse des sta­tions d’alti­tude, des sta­tions de moyenne mon­ta­gne ou des fonds de val­lées.

Ces muta­tions, l’ENSA les accom­pa­gnent.

La créa­tion de la nou­velle Ecole natio­nale des sports de mon­ta­gne entend d’abord et avant tout répon­dre à cette exi­gence d’adap­ta­tion.

Je sais que cer­tains d’entre vous, Parlementaires ou orga­ni­sa­tion pro­fes­sion­nelle, ont vu dans un pre­mier pro­jet de réforme une menace, un ris­que de dilu­tion de la spé­ci­fi­cité de la filière spor­tive de la mon­ta­gne dans un ensem­ble plus vaste, et, au bout du compte une perte d’iden­tité.

J’ai entendu ces crain­tes, de même que les inquié­tu­des des col­lec­ti­vi­tés et des élus de Franche Comté, sou­cieux de garan­tir la spé­ci­fi­cité des dis­ci­pli­nes nor­di­ques et de moyenne mon­ta­gne.

En ouvrant, à ma demande, la concer­ta­tion entre tous les acteurs concer­nés, mon minis­tère a créé un cadre sta­tu­taire tout à fait nova­teur pour la nou­velle Ecole natio­nale des sports de mon­ta­gne.

Sa créa­tion devrait être désor­mais offi­cia­li­sée, par sa paru­tion au jour­nal offi­ciel de la République fran­çaise, dans les tou­tes pro­chai­nes semai­nes.

Ce nou­vel établissement vise à réu­nir l’ensem­ble des acti­vi­tés dédiées au ski, à l’alpi­nisme et aux sports de mon­ta­gne, jus­que là exer­cées par l’Ecole natio­nale du ski et d’alpi­nisme (ENSA de Chamonix) et le Centre natio­nal du nor­di­que de PREMANON (Jura).

Le décret cons­ti­tu­tif de la nou­velle Ecole natio­nale pré­voit notam­ment :
-  la pré­ser­va­tion de l’iden­tité de cha­cun des 2 sites de PREMANON et de CHAMONIX, garan­tie notam­ment par la nomi­na­tion d’un direc­teur sur cha­cune des sites et une comp­ta­bi­lité dif­fé­ren­ciée ;
-  le choix d’une gou­ver­nance garan­tis­sant une repré­sen­ta­tion équilibrée des deux régions, Rhône-Alpes et Franche-Comté
-  la valo­ri­sa­tion des dyna­mi­ques ter­ri­to­ria­les pro­pres aux deux sites au tra­vers de la mise en place d’un conseil d’orien­ta­tion, à com­pé­tence consul­ta­tive, pro­pre au site de Chamonix et au site de Prémanon.

Les misions pré­cé­dem­ment dévo­lues à l’ENSA de Chamonix et au cen­tre du ski nor­di­que et de moyenne mon­ta­gne de Prémanon sont main­te­nues. D’autres sont mieux pri­ses en compte, comme par exem­ple la coo­pé­ra­tion inter­na­tio­nale ou le suivi médico-spor­tif.

Enfin, je vou­drais vous faire par­ta­ger un sou­hait.

Je vou­drais que tous ensem­ble nous rele­vions un défi majeur, au cœur de l’enjeu de la redy­na­mi­sa­tion de l’économie tou­ris­ti­que des ter­ri­toi­res de mon­ta­gne. Le défi de la démo­cra­ti­sa­tion des sports de mon­ta­gne et sin­gu­liè­re­ment des sports de neige.

L’ensem­ble des orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nel­les m’ont adressé un cri d’alarme : l’acces­si­bi­lité aux sports de neige pour les jeu­nes et les famil­les des clas­ses moyen­nes et popu­lai­res aurait connu, ces 20 der­niè­res années un recul cer­tain : qu’il s’agisse du vaste engoue­ment des clas­ses de mon­ta­gne et des clas­ses de neige, des acti­vi­tés de décou­ver­tes durant le temps sco­laire ou du tou­risme asso­cia­tif et social des jeu­nes

A un point tel, m’a-t-on dit, mais n’est-ce pas trop cari­ca­tu­ral, qu’un jeune de Chambéry, de Sallanches ou de Grenoble, pour­rait faire toute sa sco­la­rité de la mater­nelle à l’uni­ver­sité, sans jamais avoir eu l’occa­sion de chaus­ser des skis ou de sur­fer sur une plan­che de snow-board…

L’exi­gence de la démo­cra­ti­sa­tion est un défi majeur qui s’impose à nous. Ce minis­tère, c’est celui du sport popu­laire ; c’est son hon­neur et sa tra­di­tion ; c’est son iden­tité cons­ti­tu­tive ; c’est celle que je veux conti­nuer à por­ter.

Là encore, nous ne ferons ni l’économie d’une réflexion par­ta­gée, ni l’économie d’une mobi­li­sa­tion la plus concer­tée pos­si­ble. Cela passe par l’inno­va­tion et l’expé­ri­men­ta­tion.

Nous ne répon­dons plus aujourd’hui suf­fi­sam­ment à la hau­teur de l’ambi­tion d’une démo­cra­ti­sa­tion mas­sive de l’accès des jeu­nes au ski et aux sports de mon­ta­gne, tel­les qu’affi­chées dès le début de la Ve République.

Avant de venir à CHAMONIX, je me suis arrê­tée à FLAINE, pour visi­ter la réno­va­tion du cen­tre d’accueil de l’UCPA.

L’UCPA, à la fois mou­ve­ment d’éducation popu­laire et pres­ta­tai­res de sport, est une véri­ta­ble ins­ti­tu­tion qui a su pren­dre toute sa place dans cette poli­ti­que d’acces­si­bi­lité des jeu­nes aux sports de mon­ta­gne.

L’UCPA a su en per­ma­nence s’adap­ter aux évolutions tech­ni­ques, aux for­mes de pra­ti­ques, aux atten­tes des publics. Elle le fait encore aujourd’hui en réno­vant, non seu­le­ment ses établissements, mais son mode de ges­tion et sa stra­té­gie patri­mo­niale.

C’est la rai­son pour laquelle j’ai demandé à mon admi­nis­tra­tion, lors de récen­tes consul­ta­tions inter­mi­nis­té­riel­les, d’appor­ter tout son sou­tien aux pro­jets de réforme enga­gés par le conseil d’admi­nis­tra­tion et la direc­tion géné­rale de l’UCPA, tout en veillant au main­tien d’une poli­ti­que tari­faire qui ne soit pas dis­sua­sive pour les jeu­nes les plus modes­tes ou en for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. C’est essen­tiel.

Au niveau natio­nal, nous dis­po­sons, pour conduire ces concer­ta­tions sur l’évolution des for­ma­tions, sur la poli­ti­que publi­que du sport, sur l’acces­si­bi­lité aux pra­ti­ques, sur l’inté­gra­tion des pro­blé­ma­ti­ques de déve­lop­pe­ment dura­ble dans le champ des sports de mon­ta­gne, d’une pla­te­forme d’échanges et de débats , curieu­se­ment inu­ti­li­sée depuis sa créa­tion, le Conseil supé­rieur des sports de mon­ta­gne.

C’est une forme du génie à la fran­çaise de créer des outils a priori intel­li­gents et poten­tiel­le­ment per­for­mants et de les lais­ser dans la boîte.

Je prends l’enga­ge­ment de réu­nir en ses­sion plé­nière, d’ici la fin de ce semes­tre, puis cha­que année, le Conseil supé­rieur des sports de mon­ta­gne, récem­ment reconduit dans ses mis­sions.

La nou­velle Ecole natio­nale des sports de mon­ta­gne en assu­rera la per­ma­nence et le fonc­tion­ne­ment. Des grou­pes de tra­vail, sur les axes de réflexion que je viens de pro­po­ser à votre appré­cia­tion, seront créés, mais aussi sur tous les sujets qui vous sem­ble­raient, aux uns et aux autre, jus­ti­fier d’une telle sai­sine.

Enfin, Mesdames et Messieurs qui repré­sen­tez les for­ces vives des sports de mon­tage, vous ne com­pren­driez pas que je fasse l’impasse sur le grand évènement du jour, l’ouver­ture des jeux Olympiques d’hiver de Vancouver, en Colombie bri­tan­ni­que.

Et quel meilleur endroit pour célé­brer l’Olympisme, ces « olym­pia­des boréa­les » comme disait Coubertin, que Chamonix qui en a accueilli en 1924 les pre­miè­res mani­fes­ta­tions.

Chamonix, Vancouver et… Annecy je l’espère…en 2018.

J’aurais l’occa­sion de me ren­dre à Vancouver dans quel­ques jours pour sou­te­nir nos spor­tifs, comme le fera également Roselyne Bachelot.

J’ima­gine que cer­tains d’entre eux, filles et fils de vos val­lées, sont plus chauds à vos cœurs : Guillermo FAYED en vitesse ; François BRAUD et Jonathan FELISAZ, en com­biné nor­di­que ; Tony ANGIBOUST, Jan et Richard DUCROZ, Thomas DUFOUR, et Raphael MATHIEU en Curling ; Cédric AMAFROI-BROISAT en ski han­di­sport.

Pour eux et pour tous nos repré­sen­tants à Vancouver, adres­sons-leur nos encou­ra­ge­ments, depuis cet amphi­théâ­tre de l’ENSA, qui est aussi leur mai­son. Je vous demande de les applau­dir !

Excellence spor­tive et démo­cra­ti­sa­tion des pra­ti­ques tels sont bien les deux axes de la poli­ti­que publi­que du sport que j’entends conduire, pour les sports de mon­ta­gne, comme pour l’ensem­ble des autres pra­ti­ques spor­ti­ves, dans le cadre de la res­pon­sa­bi­lité que m’a confiée le pré­si­dent de la République.

Cette mobi­li­sa­tion s’ins­crit dans la dyna­mi­que de la can­di­da­ture d’« Annecy Haute-Savoie - Mont Blanc 2018 », dont l’ambi­tion est d’être un vrai pro­jet économique et spor­tif, au ser­vice d’un ter­ri­toire et d’une ambi­tion popu­laire.

Après les deux der­niè­res éditions des jeux Olympiques d’hivers orga­ni­sés en France à ALBERVILLE en 1992 et GRENOBLE en 1968, la mobi­li­sa­tion autour de la can­di­da­ture d’Annecy 2018 doit être l’occa­sion de fédé­rer l’ensem­ble des acteurs de la mon­ta­gne.

Le pro­jet est ambi­tieux, à la hau­teur de la capa­cité de notre pays à orga­ni­ser et gérer de grands évènements spor­tifs inter­na­tio­naux.

Il est ambi­tieux sans tom­ber dans les tra­vers anté­rieurs du gigan­tisme, qui par­fois ont pu heur­ter les valeurs olym­pi­ques : ainsi, 70% des équipements spor­tifs et sites de com­pé­ti­tion sont déjà homo­lo­gués pour des épreuves de haut niveau.

En sou­te­nant d’emblée et réso­lu­ment la can­di­da­ture « Annecy – Haute-Savoie – Mont Blanc 2018 », le minis­tère chargé des sports s’ins­crit dans l’objec­tif assi­gné par le pré­si­dent de la République pour le sport de haut niveau : rele­ver le défi de la com­pé­ti­ti­vité de la France et valo­ri­ser son modèle spor­tif.

Tels étaient les convic­tions que je sou­hai­tais venir par­ta­ger avec vous, pour une poli­ti­que publi­que des sports de mon­ta­gne, ambi­tieuse et j’espère que vous vou­drez bien me l’accor­der, réflé­chie.

L’économie spor­tive des ter­ri­toi­res de mon­ta­gne va connaî­tre, n’en dou­tez pas, des évolutions signi­fi­ca­ti­ves.

Nous ne som­mes pas désar­més, loin de là, pour y faire face, pour peu que nous pré­fé­rions l’intel­li­gence col­lec­tive aux égoïsmes indi­vi­duels ou cor­po­ra­tis­tes.

Pour peu aussi que nous choi­sis­sons le mou­ve­ment de pré­fé­rence à la sta­bi­lité, l’ini­tia­tive de pré­fé­rence à l’atten­tisme. Bref ! La prise de pente de pré­fé­rence à la prise de carre !

En moder­ni­sant son réseau d’Ecole natio­nale ;

En conti­nuant à faire le pari de l’adap­ta­tion des for­ma­tions à une demande sociale et à un contexte économique en pleine évolution, En jouant la carte de la concer­ta­tion de pré­fé­rence à l’injonc­tion admi­nis­tra­tive, En pri­vi­lé­giant l’expé­ri­men­ta­tion, l’inno­va­tion de pré­fé­rence à la dupli­ca­tion de modè­les essouf­flés,

En ne se satis­fai­sant pas d’une pré­ser­va­tion des acquis qui ne se vou­drait pas dans le même temps conquê­tes de nou­vel­les fron­tiè­res, pour ne pas dire part de mar­ché…

Tout cela, avec vous, tous ensem­ble.

Voilà la nou­velle feuille de route de la nou­velle Ecole natio­nale des sports de mon­ta­gne.

Je vous remer­cie de votre atten­tion.

Seul le pro­noncé fait foi